Dans L’Afrique de Sarkozy. Un déni d’histoire, paru en septembre 2008 chez Karthala en réponse au discours de Dakar du 26 juillet 2007, Pierre Boilley, qui fut pendant deux ans mon directeur de recherches en « Master d’histoire de l’Afrique » s’interroge sur l’enseignement d’histoire dispensé en France : « Un enseignement ouvert au monde ? ».

 Constatant l’ « absence de connaissance du passé africain », il analyse programmes scolaires, sujets proposés à l’agrégation d’histoire et place des études africaines dans la recherche et l’Université françaises (« Et qu’est-ce que tu fais comme études toi ?/ −En fait, je fais un master d’histoire de l’Afrique et je travaille sur le Niger.../ −...Histoire de l’Afrique ? Je ne savais pas que ça existait... » Combien de fois ai-je entendu ça pendant mes deux années de Master ! Jamais je n’ai osé demander si ce qui étonnait les gens était qu’il existe des filières universitaires s’intéressant au sujet ou que l’Afrique ait une histoire... Enfin, peut être ne faudrait il pas tomber dans un excès de mauvais esprit...).

 Négligée dans les programmes du secondaire, marginalisée dans le supérieur, « l’histoire du continent est peu connue ou inconnue, voire considérée comme inexistante. Le mythe de l’Afrique sans histoire, affiché sans complexe dans le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, est largement partagé par les Français, qui n’ont jamais pu réellement en connaître les réalités par l’enseignement ».

Et Pierre Boilley de constater que l’Amérique du Sud ou encore l’Asie ne sont pas nécessairement mieux loties, notant tout de même que les liens de la France avec l’Afrique ont été plus longs qu’avec d’autres continents et que « le public scolaire est maintenant largement composé de descendants d’émigrés d’Afrique noire ou d’Afrique du nord, qui ressentent au mieux un manque, au pire une humiliation, à voir ainsi ignorée l’histoire de leurs ascendants »...

 

Et pourtant, dans la France de Sarkozy, les choses changent (enfin qu’elles changent, on n’en doutait pas ! Disons que certaines choses...avancent, progressent...).

 

28 août 2008 : Parution au Bulletin Officiel d’un arrêté précisant le calendrier selon lequel les nouveaux programmes d’histoire- géographie- éducation civique pour le collège entreront en vigueur :

Ø Rentrée 2009- 2010 : classe de sixième. A noter : l’Egypte disparaît du programme au profit...de « la Chine des Han à son apogée » (soit sous l’empereur Wu (140- 87 av. J.-C.)) et/ou de l’ « Inde classique aux IVème et Vème siècles ».

Ø Rentrée 2010- 2011 : classe de cinquième. Là...c’est l’Afrique qui fait sa « grande » entrée dans le programme ! Il s’agira d’étudier une civilisation de l’Afrique subsaharienne (au choix : soit l’empire du Ghana, soit l’empire du Mali, soit l’empire Songhaï, ou encore le Monomotapa) « ainsi que les grands courants d’échanges, saisis dans leurs permanences (le sel et l’or du Soudan, les esclaves...) entre le VIIIème et le XVIème siècles ». 

 

Assez réjouissant tout cela, même si cela signifie...pas mal de travail en perspective pour les enseignants, et même pour moi, pas encore enseignante mais en bout de parcours étudiant, issus de générations non formées à ces questions...

 

Avec cela, espérons qu’un jour plus personne ne puisse dire ou penser des choses telles que « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire (...) Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance », etc., etc. (extrait du « Discours de Dakar » bien sûr...).